Viadeo : savoir renoncer à temps

Viadeo n’a pas disparu à cause d’une seule mauvaise décision. C’est l’enchaînement des choix, l’expansion internationale, la Chine, la concurrence et le retard du recentrage qui a progressivement réduit ses marges de manœuvre.
Renoncer à une expansion internationale trop dispersée.
Se recentrer assez tôt pour préserver les ressources.
Continuer à financer un modèle qui ne se confirme pas.
En 2014, le réseau social professionnel français entre en Bourse avec une valorisation d’environ 150 millions d’euros. L’opération lui permet de lever près de 22 millions d’euros, alors que l’objectif initial se situait entre 30 et 40 millions.
Deux ans plus tard, la valorisation tombe autour de 10 millions d’euros, soit une chute proche de 94 %. L’entreprise, autrefois présentée comme le concurrent français de LinkedIn, ne parvient plus à financer seule son redéploiement.
L’ambition internationale face aux moyens disponibles
Viadeo avait choisi très tôt de se développer à l’international. Le groupe avait notamment acquis Tianji en Chine dès 2007, ainsi que plusieurs plateformes dans d’autres pays. Sur le papier, cette présence mondiale devait lui permettre de rivaliser avec LinkedIn.
Mais additionner des millions de membres ne garantit ni leur activité, ni leur monétisation, ni la capacité à faire fonctionner un même modèle sur des marchés très différents. Viadeo revendiquait 25 millions de membres en Chine et disposait parallèlement d’une base solide d’environ 10 millions de membres en France.
Le problème n’était donc pas l’absence d’actifs. Il résidait dans la dispersion des moyens et dans la difficulté à transformer cette présence internationale en modèle rentable face à un concurrent mondial beaucoup plus puissant.
Les chiffres qui rendent le virage inévitable
En 2015, Viadeo enregistre une perte de 23,3 millions d’euros pour un chiffre d’affaires d’environ 24 millions. La plateforme chinoise Tianji est fermée à la fin de cette même année et le groupe annonce un recentrage sur la France.
Le fondateur Dan Serfaty se retire de la direction opérationnelle au début de 2016. Mais le recentrage intervient alors que la trésorerie est déjà très limitée, que les revenus diminuent et que la confiance des investisseurs s’est fortement dégradée. En novembre 2016, Viadeo est placé en redressement judiciaire.
Quand l’investissement passé enferme la décision
Plus une entreprise a consacré de temps, d’argent et d’énergie à une stratégie, plus il devient difficile de reconnaître qu’elle ne produit pas les résultats attendus. Continuer permet parfois de préserver l’espoir, mais retarde aussi la décision qui pourrait encore protéger les actifs solides.
Et c’est surtout l’enchaînement de ces décisions qui fait réfléchir. Investir sur des marchés difficiles, ne pas adapter suffisamment vite le modèle commercial, sous-estimer un concurrent et s’accrocher trop longtemps à une ambition devenue trop coûteuse. Mis bout à bout, ces choix finissent par peser.
Changer de cap plus tôt aurait peut-être permis de concentrer davantage de ressources sur la France, la marque, les membres actifs et les services réellement monétisables. Lorsque la trésorerie impose le choix, il ne s’agit plus d’une décision stratégique, mais d’une urgence.
Le recentrage a suivi la fermeture de Tianji en 2015. Le redressement judiciaire de 2016 montre qu’il est intervenu trop tard pour sauver l’entreprise sous sa forme initiale.
Faire un choix stratégique, ce n’est pas seulement décider de ce que l’on va faire. C’est aussi décider de ce que l’on ne va pas faire, et savoir renoncer avant de perdre toute marge de manœuvre.